Interview: Andre Marcon, président de la CCI France

L'interview accordé au magazine Cord dans le cadre de l'édition spéciale dédiée la coopération économique entre la France et la Serbie.

Revue de presse, Parole d’expert  | 

Peut-on dire que l'on assiste actuellement à une reprise durable de l’économie française ?

Incontestablement, de nombreux signaux sont positifs sous-tendus par un niveau toujours faible des prix du pétrole, une hausse de la consommation des ménages et une progression de l’investissement des entreprises.

D’ailleurs le baromètre de l’optimisme des chefs d’entreprise, que nous mesurons à CCI France avec l’institut de sondage OpinionWay dans le cadre du dispositif mensuel de Grande Consultation des Entrepreneurs, est à la hausse ces trois derniers mois. En mai,  64% des chefs d’entreprise interrogés se disaient confiants dans l’avenir de leur propre entreprise. Et cette énergie entrepreneuriale nous réconforte. Mais ils n’étaient que 17% à afficher leur confiance dans l’économie nationale ce même mois.

Il n’y a donc pas de quoi crier victoire. Pour autant, notre pays a de formidables atouts et c’est sur eux qu’il faut miser.

Quels étaient à votre avis les principales raisons du ralentissement de l'économie mondiale et quels marchés sont aujourd'hui les plus attrayants pour les hommes d'affaires français ?

Quelques remarques de bon sens. Aujourd’hui la reprise de l’activité mondiale est encore très dépendante de l’évolution de la conjoncture aux Etats-Unis. Ce qui est une façon d’identifier, en creux, une des causes du ralentissement d’une économie impactée par la crise financière américaine de 2008 et les traces qu’elle a laissées. Rajoutons la contraction de la consommation des ménages et la baisse du commerce extérieur dans certaines zones.

Aujourd’hui, les marchés les plus attractifs se trouvent sans doute dans les nouvelles technologies, les secteurs porteurs d’innovation.

Dans quelle mesure la possibilité du Brexit et les jugements de certains politiciens européens de haut rang que le projet Europe est en crise, ont un impact sur les opérations quotidiennes des entreprises en France ?

A l’heure où je vous parle, nous ne connaissons pas encore le verdict, si je puis dire.

Mais en amont, nous avons pris le pouls des entrepreneurs français - c’est notre mission - en les interrogeant au travers de notre Grande Consultation. Il est vrai qu’à certains égards, en matière de normes ou de procédures par exemple, l’Europe ne facilite pas toujours le quotidien de nos chefs d’entreprise, d’où des jugements parfois sévères, qui peuvent rejoindre ceux de la classe politique. Mais dissocions les choses : il y a, d’une part la lecture globale du monde tel qu’il marche et l’appréciation de la situation de l’Europe en particulier et il y a, d’autre part, le quotidien de nos entrepreneurs. Ils sont mobilisés sur bien des fronts pour faire tourner leurs affaires.

Le Brexit ne serait sans doute pas un big bang mais ce serait en tout cas un coup rude porté  à un  ensemble déjà fragilisé. 57% des interrogés nous disaient que cette nouvelle donne aurait forcément des conséquences négatives sur l’économie européenne dans son ensemble.  Ils étaient en revanche moins de 30% à penser que cela aurait une conséquence directe sur leur propre activité. Vigilance mais pas atmosphère anxiogène, pour l’instant.

Parallèlement avec le ralentissement de l'économie nous vivons dans une période excitante de la naissance de l'Industrie 4.0. Dans quelle mesure ce processus a-t-il avancé en France et comment affecte-t-il l’image d'une nouvelle politique industrielle en France ?

Les Cassandre ont suffisamment prédit  la mort de l’industrie française pour que des projets tels que ceux que vous évoquez nous réjouissent. Ce sont de nouvelles raisons d’espérer.

Certes l’industrie française a souffert et souffre encore. Nous avions d’ailleurs décidé que 2013 serait l’Année de l’industrie dans notre réseau afin de multiplier les initiatives de soutien et les pistes de réflexion sur l’avenir.

Car notre industrie a un futur. Le récent projet Industrie du futur porté par les pouvoirs publics français va bien dans ce sens. Les CCI soutiennent ces programmes à l’œuvre pour accompagner les mutations économiques.

Le numérique sera une des clés de la transformation de l’outil industriel et nous suivons avec grand intérêt ces mutations.

La France a adopté récemment une loi plus flexible sur le travail. Quelles sont les attentes des employeurs français en ce qui concerne le domaine du travail ?

Inutile de raviver les polémiques autour des blocages que la loi travail a générés et qui alimentent une tentation au « Francebashing » bien stérile. Il faut de la flexibilité dans un monde qui bouge. Les entrepreneurs y sont favorables. Mais  le véritable enjeu pour eux, c’est, globalement, la baisse des charges. C’est le carcan qu’il faut desserrer pour aider à faire mieux tourner la machine et créer de l’emploi.

Qu’est-ce qui à votre avis attire ou pourrait attirer les hommes d'affaires français vers la Serbie ?

La Serbie, c’est en quelque sorte le hub économique de la région des Balkans occidentaux. Un positionnement stratégique, donc, et une porte d’accès à un marché potentiel de plus d’un milliard de consommateurs.

Et puis le processus d’intégration à l’Union européenne permet l’accès à des financements vecteurs de modernisation  et de développement qui sont des conditions propices pour attirer les investisseurs français. Les atouts du marché serbe, accessible géographiquement et culturellement, sont nombreux et notamment ses opportunités sectorielles, dans l’agro-alimentaire, l’automobile et la mécanique ou encore l’environnement et l’énergie.

Dans quelle mesure de bonnes expériences des hommes d'affaires français en Serbie, représentent un atout pour l'arrivée d'autres investisseurs français ?

La preuve par l’exemple, ça a du sens dans les affaires ! Et il y a des success stories qui pourraient attirer. Je pense par exemple à Hutchison qui a ouvert un site d’usine à Ruma, à Michelin qui a massivement investi dans le cadre de son implantation locale « Tigar Tyres ».  Et les exemples de réussites de PME accompagnées dans leurs démarches par notre partenaire la CCI France Serbie sont également parlants. Ce n’est pas un hasard si les échanges commerciaux entre nos deux pays ont doublé depuis 2009, non ?

Comment évaluez-vous la conduite des réformes en Serbie et les changements dans l'environnement des affaires ?

Il faut saluer les réformes initiées par le gouvernement serbe pour améliorer la compétitivité de son économie, je citerai l’assouplissement du Code du travail ou la loi sur la faillite, et sa volonté d’assainir ses finances publiques. Ce sont là des facteurs importants d’attraction pour les investissements étrangers.

Mais votre pays et ses atouts reste encore trop méconnu de nos concitoyens. C’est un challenge à relever pour vous.

Comment évaluez-vous les échanges commerciaux entre nos deux pays ?

Il faut rappeler que la France et la Serbie ont tissé des liens d’amitié et de coopération depuis des siècles. La signature d’un accord de partenariat stratégique en 2011 puis plusieurs conventions de coopération bilatérales ont été des moteurs pour développer nos échanges. Mais si le commerce bilatéral a progressé, il semble encore en-deçà de son potentiel, si on le compare à vos liens avec l’Allemagne ou l’Italie pour ne citer que nos deux voisins. Il nous faut renforcer les initiatives de mobilisation des entreprises françaises pour développer davantage d’affaires ensemble.

Où voyez-vous le potentiel de développement futur des relations commerciaux entre nos deux pays ?

J’évoquais tout à l’heure au nombre des atouts de la Serbie ses opportunités sectorielles et j’y reviens.

Parmi les secteurs porteurs identifiés par nos entreprises, on peut mentionner l’environnement et l’énergie avec la construction annoncée de 24 décharges régionales, les investissements prévus dans le système de traitement des eaux, la construction de centres de tri. 

Le secteur automobile compte aussi un grand nombre de projets d’investissements.  Déjà environ 10% des entreprises internationales qui sont présentes pour leur savoir-faire sont françaises.

Et l’investissement prévu dans l’agroalimentaire est de 400 millions d’euros, avec des fonds octroyés par l’Union européenne.

Qu’est-ce qui, à votre avis, ralentit l’établissement des partenariats public-privé avec les entreprises françaises, annoncées à maintes reprises ?

Le partenariat public-privé en est encore à ses débuts et la loi adoptée en Serbie en 2011 traduit cette volonté. Un accord de partenariat a été signé entre l’Agence serbe de partenariats public-privé et l’Agence de Coopération Technique française. Les Français ont effectué à cette occasion une étude sur les besoins de la Serbie dans ce domaine et ont élaboré un plan pour renforcer les capacités et l’expertise. Je forme le vœu que la Serbie puisse tirer bénéfice de cette collaboration.

Vous avez à un moment donné lancé une grande réforme du système des chambres avec l’idée de lui donner un rôle encore plus important dans le milieu institutionnel et économique. Avez-vous réussi dans ce projet et a quelle mesure ?

Dans un monde qui bouge, où les entreprises sont impactées par de nombreuses transformations, notamment digitales, environnementales, dans un contexte  mondialisé et de plus en plus concurrentiel, le réseau des CCI doit bouger lui aussi.  Et il doit le faire avec des ressources qui ont fortement baissé.

Le réseau veut se transformer et accompagner les entreprises dans leurs changements. Pour préparer l’économie de demain. C’est pourquoi  nous avons lancé depuis septembre 2014 un processus ambitieux de transformation  avec deux objectifs. Nous voulons à la fois augmenter notre efficacité au service des entreprises et des territoires et gagner en agilité pour être réactif et anticiper. Nous sommes partis d’une approche centrée sur les besoins de nos clients, les entreprises, et nous repensons notre offre de services. Nous ne voulons pas tout faire, mais faire dans l’excellence, et «  faire avec d’autres ». Parmi les chantiers prioritaires qui vont marquer notre mutation, la CCI digitale et la CCI «  data ».

Les chantiers avancent bien, partout dans notre réseau.

Nous sommes des institutions anciennes, ancrées dans le paysage institutionnel et économique français. Mais nous oeuvrons pour être au rendez-vous de l’avenir.

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